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Vitamine D chez le nourrisson : une supplémentation indispensable

Rôles, recommandations françaises, formes et doses selon l'âge

7 min de lecture

0–1 mois
1–3 mois
3–6 mois
6–12 mois
12 mois +

En France, 80 % des nourrissons sont carencés en vitamine D sans supplémentation. Cette vitamine est indispensable pour la minéralisation osseuse, le système immunitaire et le développement neurologique. Voici les recommandations actuelles et les bonnes pratiques.

Points d'attention

⚠️ Ne confondez pas vitamine D et vitamine K : la vitamine K est administrée à la naissance pour prévenir la maladie hémorragique du nouveau-né (MVNN) — deux vitamines différentes, deux rôles différents.

⚠️ Ne dépassez pas 1 200 UI/j chez le nourrisson sans avis médical — même si la toxicité réelle nécessite des doses bien supérieures, respecter les recommandations est la règle.

⚠️ Les laits de croissance et laits 2e âge sont enrichis en vitamine D — ajustez la supplémentation en conséquence (600-800 UI/j suffisent).

Pourquoi la vitamine D est-elle indispensable ?

La vitamine D (calciférol) est en réalité une pro-hormone plutôt qu'une simple vitamine. Sa forme active, le calcitriol (1,25-dihydroxyvitamine D), intervient dans de nombreux processus biologiques fondamentaux :

  • Minéralisation osseuse : la vitamine D régule l'absorption intestinale du calcium et du phosphore. Sans elle, les os ne peuvent se minéraliser correctement — c'est le mécanisme du rachitisme carentiel, maladie autrefois fréquente et aujourd'hui prévenible
  • Système immunitaire : les cellules immunitaires (macrophages, lymphocytes T et B) possèdent des récepteurs à la vitamine D. Elle module la réponse immune, réduisant les infections respiratoires et modulant les maladies auto-immunes
  • Développement neurologique : des études associent le déficit en vitamine D pendant la grossesse et la petite enfance à un risque accru de troubles du développement
  • Musculature : le déficit en vitamine D peut provoquer une myopathie (faiblesse musculaire) se manifestant par une hypotonie chez le nourrisson

La situation en France : un pays structurellement défavorisé

La France est située entre les latitudes 43° et 51° Nord. En dessous de 37° de latitude, le soleil est suffisamment haut dans le ciel toute l'année pour permettre la synthèse cutanée de vitamine D. Au-delà, de novembre à mars, les rayons UVB ne sont pas assez intenses pour déclencher la synthèse cutanée, quelle que soit la durée d'exposition.[2]

En été, la synthèse cutanée est possible — mais les recommandations de protection solaire (crème écran total, vêtements couvrants) nécessaires pour protéger la peau fragile du nourrisson bloquent la quasi-totalité des UVB. Résultat : même en été, un nourrisson correctement protégé ne synthétise pas de vitamine D significative.

Sans supplémentation, 80 % des nourrissons français sont en situation de carence ou d'insuffisance en vitamine D.[1]

Recommandations françaises actuelles (SFP/SFPE)

Nourrisson allaité ou sous lait 1er âge (0 à 18 mois)

Supplémentation : 1 000 à 1 200 UI par jour dès la naissance, en continu jusqu'à 18 mois.[1] Formes disponibles :

  • Zymad (1 000 UI/goutte) : 1 goutte/jour
  • Adrigyl (300 UI/goutte) : 3 à 4 gouttes/jour
  • Uvédose (ampoule de 100 000 UI) : 1 ampoule tous les 3 mois — méthode moins précise mais utilisée lorsque l'observance des gouttes quotidiennes est difficile

Nourrisson sous lait 2e âge ou lait de croissance (> 6 mois)

Ces laits sont enrichis en vitamine D. La supplémentation peut être réduite à 600-800 UI/j.[1]

Cas particuliers nécessitant des doses plus élevées

  • Prématurés : 800 à 1 000 UI/j
  • Peau foncée (phototype IV-VI) : la mélanine réduit la synthèse cutanée — dose haute de la fourchette
  • Faible exposition solaire : parent portant un voile intégral, nourrisson peu exposé
  • Obésité maternelle : la vitamine D est stockée dans les graisses, réduisant sa disponibilité

Après 18 mois

Les recommandations françaises préconisent 2 ampoules d'Uvédose (100 000 UI chacune) administrées en automne et en hiver.[1]

Gouttes quotidiennes ou ampoule trimestrielle ?

Les gouttes quotidiennes sont préférées par la SFP car elles maintiennent un taux sérique plus stable, évitant les pics (après ampoule) et les creux (en fin de trimestre). Cependant, les deux méthodes sont efficaces si l'observance est bonne.

L'ampoule trimestrielle (Uvédose) est une option pragmatique lorsque l'observance des gouttes quotidiennes est difficile, ou à partir de l'âge de 18 mois.

Le risque de toxicité : dédramatiser tout en restant raisonnable

La toxicité de la vitamine D est réelle mais nécessite des doses très élevées et prolongées. Les cas d'hypervitaminose D documentés correspondent à des prises supérieures à 40 000 UI/j pendant plusieurs mois — soit 40 fois les doses recommandées.[4]

À 1 000-1 200 UI/j, aucun cas de toxicité n'a jamais été rapporté chez le nourrisson. L'EFSA considère que la dose maximale tolérable est de 2 000 UI/j pour les nourrissons — les doses recommandées sont donc bien en dessous de ce seuil de sécurité.[4]

Perspective internationale : des recommandations comparables

Les pays nordiques (Finlande, Suède, Norvège), avec une latitude encore plus défavorable que la France, recommandent des doses similaires : 1 000 UI/j dès la naissance.[2]

Le NICE (Royaume-Uni) recommande une dose plus conservative de 400 UI/j (Department of Health). Cette différence reflète un débat scientifique persistant sur la dose optimale. La majorité des sociétés savantes européennes se positionnent entre 400 et 1 200 UI/j, avec un consensus de plus en plus favorable aux doses hautes de cette fourchette pour les pays à faible ensoleillement.

Vitamine K : ne pas confondre

La vitamine K est administrée à la naissance pour prévenir la maladie hémorragique du nouveau-né (MVHN) — syndrome hémorragique par déficit en facteurs de coagulation vitamine K-dépendants. Elle est administrée par voie orale ou intramusculaire selon les protocoles de la maternité. Elle n'a aucun rapport avec la vitamine D. Les deux supplémentations sont indépendantes et complémentaires.

Conseils pratiques

Les gouttes quotidiennes (Zymad, Adrigyl) sont préférées aux ampoules trimestrielles pour une concentration sérique plus stable.

Donnez la vitamine D directement dans la bouche ou sur le sein avant la tétée — l'absorption est meilleure avec du gras (lait maternel).

Si vous oubliez une dose, ne doublez pas la suivante — continuez simplement normalement.

En cas de peau foncée ou de faible exposition solaire, optez pour la dose haute de la fourchette recommandée.

📊 Chiffres clés

Carence en France

80% des nourrissons sans supplémentation

Dose recommandée

1000–1200 UI/j dès la naissance (allaitement)

Durée

De la naissance jusqu'à au moins 18 mois

Toxicité

Impossible aux doses recommandées, possible au-delà de 40 000 UI/j pendant des mois

Soleil

Insuffisant en France, même en été avec protection solaire

📚

Sources & Références

1
Recommandation
Consulter

Vitamine D — Supplémentation du nourrisson et de l'enfant. Société Française de Pédiatrie (SFP) / SFPE. 2022.

2
Recommandation
Consulter

Pludowski P, Holick MF, Grant WB et al.. Vitamin D supplementation guidelines. Journal of Steroid Biochemistry and Molecular Biology. 2018.

3

Perrine CG, Sharma AJ, Jefferds ME et al.. Adherence to vitamin D recommendations among US infants. Pediatrics. 2010.

4
Recommandation
Consulter

Dietary reference values for vitamin D. European Food Safety Authority (EFSA). 2016.

Ces références sont fournies à titre informatif. Consultez toujours un professionnel de santé pour un avis médical personnalisé.

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