Pourquoi la vitamine D est-elle indispensable ?
La vitamine D (calciférol) est en réalité une pro-hormone plutôt qu'une simple vitamine. Sa forme active, le calcitriol (1,25-dihydroxyvitamine D), intervient dans de nombreux processus biologiques fondamentaux :
- Minéralisation osseuse : la vitamine D régule l'absorption intestinale du calcium et du phosphore. Sans elle, les os ne peuvent se minéraliser correctement — c'est le mécanisme du rachitisme carentiel, maladie autrefois fréquente et aujourd'hui prévenible
- Système immunitaire : les cellules immunitaires (macrophages, lymphocytes T et B) possèdent des récepteurs à la vitamine D. Elle module la réponse immune, réduisant les infections respiratoires et modulant les maladies auto-immunes
- Développement neurologique : des études associent le déficit en vitamine D pendant la grossesse et la petite enfance à un risque accru de troubles du développement
- Musculature : le déficit en vitamine D peut provoquer une myopathie (faiblesse musculaire) se manifestant par une hypotonie chez le nourrisson
La situation en France : un pays structurellement défavorisé
La France est située entre les latitudes 43° et 51° Nord. En dessous de 37° de latitude, le soleil est suffisamment haut dans le ciel toute l'année pour permettre la synthèse cutanée de vitamine D. Au-delà, de novembre à mars, les rayons UVB ne sont pas assez intenses pour déclencher la synthèse cutanée, quelle que soit la durée d'exposition.[2]
En été, la synthèse cutanée est possible — mais les recommandations de protection solaire (crème écran total, vêtements couvrants) nécessaires pour protéger la peau fragile du nourrisson bloquent la quasi-totalité des UVB. Résultat : même en été, un nourrisson correctement protégé ne synthétise pas de vitamine D significative.
Sans supplémentation, 80 % des nourrissons français sont en situation de carence ou d'insuffisance en vitamine D.[1]
Recommandations françaises actuelles (SFP/SFPE)
Nourrisson allaité ou sous lait 1er âge (0 à 18 mois)
Supplémentation : 1 000 à 1 200 UI par jour dès la naissance, en continu jusqu'à 18 mois.[1] Formes disponibles :
- Zymad (1 000 UI/goutte) : 1 goutte/jour
- Adrigyl (300 UI/goutte) : 3 à 4 gouttes/jour
- Uvédose (ampoule de 100 000 UI) : 1 ampoule tous les 3 mois — méthode moins précise mais utilisée lorsque l'observance des gouttes quotidiennes est difficile
Nourrisson sous lait 2e âge ou lait de croissance (> 6 mois)
Ces laits sont enrichis en vitamine D. La supplémentation peut être réduite à 600-800 UI/j.[1]
Cas particuliers nécessitant des doses plus élevées
- Prématurés : 800 à 1 000 UI/j
- Peau foncée (phototype IV-VI) : la mélanine réduit la synthèse cutanée — dose haute de la fourchette
- Faible exposition solaire : parent portant un voile intégral, nourrisson peu exposé
- Obésité maternelle : la vitamine D est stockée dans les graisses, réduisant sa disponibilité
Après 18 mois
Les recommandations françaises préconisent 2 ampoules d'Uvédose (100 000 UI chacune) administrées en automne et en hiver.[1]
Gouttes quotidiennes ou ampoule trimestrielle ?
Les gouttes quotidiennes sont préférées par la SFP car elles maintiennent un taux sérique plus stable, évitant les pics (après ampoule) et les creux (en fin de trimestre). Cependant, les deux méthodes sont efficaces si l'observance est bonne.
L'ampoule trimestrielle (Uvédose) est une option pragmatique lorsque l'observance des gouttes quotidiennes est difficile, ou à partir de l'âge de 18 mois.
Le risque de toxicité : dédramatiser tout en restant raisonnable
La toxicité de la vitamine D est réelle mais nécessite des doses très élevées et prolongées. Les cas d'hypervitaminose D documentés correspondent à des prises supérieures à 40 000 UI/j pendant plusieurs mois — soit 40 fois les doses recommandées.[4]
À 1 000-1 200 UI/j, aucun cas de toxicité n'a jamais été rapporté chez le nourrisson. L'EFSA considère que la dose maximale tolérable est de 2 000 UI/j pour les nourrissons — les doses recommandées sont donc bien en dessous de ce seuil de sécurité.[4]
Perspective internationale : des recommandations comparables
Les pays nordiques (Finlande, Suède, Norvège), avec une latitude encore plus défavorable que la France, recommandent des doses similaires : 1 000 UI/j dès la naissance.[2]
Le NICE (Royaume-Uni) recommande une dose plus conservative de 400 UI/j (Department of Health). Cette différence reflète un débat scientifique persistant sur la dose optimale. La majorité des sociétés savantes européennes se positionnent entre 400 et 1 200 UI/j, avec un consensus de plus en plus favorable aux doses hautes de cette fourchette pour les pays à faible ensoleillement.
Vitamine K : ne pas confondre
La vitamine K est administrée à la naissance pour prévenir la maladie hémorragique du nouveau-né (MVHN) — syndrome hémorragique par déficit en facteurs de coagulation vitamine K-dépendants. Elle est administrée par voie orale ou intramusculaire selon les protocoles de la maternité. Elle n'a aucun rapport avec la vitamine D. Les deux supplémentations sont indépendantes et complémentaires.