👶

Bébépédia

🍼 Alimentation

APLV : l'allergie aux protéines du lait de vache

IgE-médiée vs non IgE-médiée, diagnostic, traitements et évolution

10 min de lecture

0–1 mois
1–3 mois
3–6 mois
6–12 mois

L'APLV touche 2 à 3 % des nourrissons et est souvent méconnue ou confondue avec d'autres pathologies. Comprendre la distinction entre APLV IgE-médiée et non IgE-médiée est essentiel pour un diagnostic et une prise en charge adaptés.

Points d'attention

⚠️ Ne substituez jamais le lait de vache par du lait végétal (amande, avoine, riz non adapté) chez un nourrisson — ces boissons sont nutritionnellement inadaptées et peuvent provoquer des carences graves.

⚠️ Ne donnez pas de lait de soja avant 6 mois : les phyto-oestrogènes du soja sont contre-indiqués chez le jeune nourrisson.

⚠️ En cas de suspicion d'APLV IgE-médiée avec antécédent de réaction sévère, la réintroduction orale doit être réalisée sous surveillance médicale.

APLV vs intolérance au lactose : deux mécanismes totalement différents

Il est crucial de ne pas confondre ces deux entités. L'APLV (allergie aux protéines du lait de vache) est une réaction immunitaire dirigée contre les protéines du lait (caséine, alpha-lactalbumine, bêta-lactoglobuline). L'intolérance au lactose est un déficit enzymatique en lactase, entraînant une mauvaise digestion du sucre du lait (lactose) — ce n'est pas une allergie, il n'y a pas de composante immunitaire. L'intolérance au lactose est très rare chez le nourrisson (le lactase est présent dès la naissance), contrairement à l'adulte.[1]

Deux formes d'APLV : des tableaux cliniques très différents

APLV IgE-médiée (réaction immédiate)

C'est la forme "classique" de l'allergie alimentaire. La réaction survient dans les minutes à 2 heures suivant l'ingestion de PLV. Les signes sont :

  • Urticaire, angioedème (gonflement des lèvres, paupières)
  • Eczéma aggravé immédiatement après l'ingestion
  • Vomissements immédiats, régurgitations
  • Rhinorrhée, toux
  • Rarement : anaphylaxie (chute tensionnelle, détresse respiratoire)

Le diagnostic est confirmé par des tests allergologiques (prick-tests cutanés, dosage des IgE spécifiques) couplés à une réintroduction orale contrôlée (OFC).[2]

APLV non IgE-médiée (réaction retardée) — souvent méconnue

Cette forme est plus insidieuse et fréquemment sous-diagnostiquée car les symptômes apparaissent de manière différée (heures à jours après l'ingestion) et sont moins spécifiques :

  • RGO résistant aux traitements habituels : une étude estime que jusqu'à 40 % des nourrissons avec RGOP sévère ont en réalité une APLV non diagnostiquée
  • Eczéma chronique sévère, surtout si débutant avant 4 mois
  • Diarrhées chroniques ou constipation réfractaire
  • Sang dans les selles (rectorragie) — proctocolite allergique
  • Pleurs excessifs, irritabilité chronique
  • Mauvaise prise de poids

Les tests allergologiques standards (IgE spécifiques, prick-tests) sont négatifs dans la forme non IgE-médiée — ce qui explique les errances diagnostiques fréquentes.

Le gold standard diagnostic : éviction puis réintroduction

La méthode diagnostique de référence pour l'APLV est la Oral Food Challenge (OFC) ou épreuve de réintroduction orale :[1]

  1. Phase d'éviction : suppression de toutes les PLV pendant 2 à 4 semaines avec observation de l'amélioration clinique
  2. Réintroduction : réintroduction des PLV et observation de la réapparition des symptômes

Si les symptômes disparaissent à l'éviction et réapparaissent à la réintroduction : le diagnostic est posé.

Les tests non validés sont à éviter : tests Vega (électroacupuncture), tests cytotoxiques (Alcat test), kinésiologie appliquée, NAET — aucune de ces méthodes n'a démontré de validité diagnostique dans des essais contrôlés.[2]

Les traitements : adapter selon la forme d'alimentation

Nourrisson allaité

La première ligne de traitement est l'éviction stricte des PLV dans l'alimentation maternelle pendant 2-4 semaines. Cela inclut le lait, les fromages, les yaourts, le beurre et les produits transformés contenant des dérivés laitiers. Une supplémentation en calcium est recommandée pour la mère. Si l'allaitement est poursuivi, la mère maintient l'éviction.

Nourrisson au lait artificiel

Le traitement repose sur le remplacement du lait standard par une formule extensivement hydrolysée (hydrolysat poussé) :[5]

  • Nutramigen (hydrolysat de caséine)
  • Pepticate (hydrolysat de protéines de lactosérum)
  • Althéra (hydrolysat)

Ces formules sont disponibles sur prescription médicale et remboursées. Leur goût est amer — une transition progressive sur plusieurs jours facilite l'acceptation.

Les laits à base de soja sont contre-indiqués avant 6 mois (phyto-oestrogènes). En dernier recours si l'hydrolysat est refusé : lait de riz hydrolysé, ou formule à base d'acides aminés libres (Neocate, Nutramigen AA) dans les formes sévères.

Évolution naturelle : la plupart des enfants deviennent tolérants

L'APLV, notamment la forme non IgE-médiée, a une excellente évolution spontanée :[4]

  • 50 % de tolérance acquise à 1 an
  • 80 % à 2 ans
  • 90 % à 3 ans

La forme IgE-médiée est plus persistante : 25 à 35 % persistent au-delà de 5 ans.

Perspective internationale : le "Milk Ladder" britannique

Le NHS (Royaume-Uni) a développé le "Milk Ladder" (iMAP — iGE-mediated Allergy Pathway), une approche structurée de réintroduction progressive des PLV pour les APLV non IgE-médiées.[5] Le principe : les protéines du lait chauffées à haute température (comme dans les biscuits ou gâteaux) sont mieux tolérées que les protéines natives. La réintroduction commence donc par les formes les plus transformées :

  1. Biscuits contenant du lait cuit (ex. Petit Beurre)
  2. Gâteaux fait maison avec du lait cuit
  3. Fromages à pâte dure (Cheddar, Comté)
  4. Yaourt cuit, fromage frais
  5. Lait frais pasteurisé

Cette approche pragmatique, validée cliniquement, commence à être adoptée en France par les pédiatres allergologues spécialisés.

Conseils pratiques

Si votre bébé est allaité et suspect d'APLV non IgE-médiée, une éviction stricte des PLV dans votre alimentation pendant 2-4 semaines permettra d'évaluer l'amélioration.

Le "Milk Ladder" (échelle du lait) permet une réintroduction progressive et structurée chez les APLV non IgE-médiées : commencer par les formes cuites (biscuits, gâteaux) avant le lait frais.

Vérifiez les étiquettes : les PLV se cachent sous de nombreux noms (caséine, lactalbumine, lactosérum, petit-lait, beurre, ghee).

Les tests en laboratoire non validés (tests Vega, tests cytotoxiques, kinésiologie appliquée) ne sont pas fiables pour diagnostiquer l'APLV — ne perdez pas de temps et d'argent avec eux.

📊 Chiffres clés

Prévalence

2 à 3 % des nourrissons

Mécanisme

IgE-médiée (immédiate) ou non IgE-médiée (retardée)

Gold standard diagnostic

Éviction 2-4 semaines puis réintroduction orale (OFC)

Tolérance

50% à 1 an, 80% à 2 ans, 90% à 3 ans (non IgE)

APLV ≠ intolérance au lactose

Mécanismes totalement différents

📚

Sources & Références

1
Recommandation
Consulter

Koletzko S, Niggemann B, Arato A et al.. Diagnostic Approach and Management of Cow's-Milk Protein Allergy in Infants and Children: ESPGHAN GI Committee Practical Guidelines. Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition (ESPGHAN). 2012.

2
Recommandation
Consulter

Food allergy (CG116). National Institute for Health and Care Excellence (NICE). 2011.

3

Venter C, Arshad SH. Epidemiology of food allergy. Pediatric Clinics of North America. 2011.

4

Skripak JM, Matsui EC, Mudd K, Wood RA. The natural history of IgE-mediated cow's milk allergy. Journal of Allergy and Clinical Immunology. 2007.

5
Recommandation
Consulter

Venter C, Brown T, Shah N et al.. Diagnosis and management of non-IgE-mediated cow's milk allergy in infancy — a UK primary care practical guide. Clinical and Translational Allergy. 2013.

Ces références sont fournies à titre informatif. Consultez toujours un professionnel de santé pour un avis médical personnalisé.

#APLV
#allergie
#lait de vache
#protéines
#hydrolysat
#Nutramigen
#eczéma
#RGO
#intolérance

🍼 Plus sur Alimentation

📚 Articles liés

Retour à l'accueil